22 juin 2018

Le pouvoir de transformer l’industrie

Les nouvelles technologies ont le pouvoir d’améliorer la compétitivité de la maintenance des centrales nucléaires, déclare Gilles Perrier, Directeur Excellence opérationnelle et Transformation digitale de la Business Unit Base installée de Framatome*.

De l’aveu même de Gilles Perrier, l’excellence opérationnelle et la transformation digitale ne font pas forcément bon ménage, mais c’est la réflexion qui a associé les deux qui l’amène à penser qu’une transformation majeure s’annonce.

« Nous avons réuni ces fonctions pour améliorer l’efficacité, mais aussi pour proposer des solutions répondant aux défis de nos clients », précise-t-il.

Les clients de Framatome sont essentiellement des électriciens qui opèrent plus de 250 centrales nucléaires dans le monde. Parmi les 14 000 collaborateurs de Framatome, quelque 3 600 personnes travaillent dans les services et la maintenance des réacteurs en exploitation, l’organisation, la gestion d’actifs, l’ingénierie, et proposent des solutions et services pour les nouveaux réacteurs de tous types de technologies.

« Nos clients parlent de sécurité, de qualité, de coût et d’optimisation », ajoute Gilles Perrier. « Ils font face à de vrais enjeux. Aux États-Unis, par exemple, les électriciens doivent réduire leurs coûts de 30 % pour rester rentables car le gaz de schiste est moins cher et que l’environnement du marché est extrêmement concurrentiel. Pour eux, il est essentiel d’être au bon niveau. Pour cela, il ne faut pas réduire la sécurité, mais au contraire l’accroître.

« En même temps, nous voyons comment partout dans le monde, la digitalisation transforme l’industrie. »

  • Accélération du développement technologique

    « Le récent et rapide développement technologique est ce qui rend possible cette transformation », remarque Gilles Perrier. Il y a dix ans, les capteurs électroniques étaient moins performants, l’analyse informatique était moins développée et le stockage des données n’avait rien à voir aux capacités d’aujourd’hui.

    Aucun des développements majeurs actuels, tels que l’intelligence artificielle (IA), l’apprentissage automatique « machine learning » et la réalité virtuelle n’étaient pas envisageables il y a quelques années. « C’est là toute la différence. À tous points de vue, beaucoup de choses changent et nous devons prendre activement part à ce changement. »

    Framatome fait de l’excellence opérationnelle et de la méthodologie Lean un élément essentiel de son activité de maintenance et de services. « Cela nous permet de proposer de nouvelles solutions à nos clients, d’améliorer notre qualité et notre planification et d’améliorer en permanence notre façon de travailler », ajoute Gilles Perrier.

    Grâce à la digitalisation, l’entreprise rationalise ses coûts, propose de nouveaux produits à ses clients et numérise l’environnement de travail, ce qui selon Gilles Perrier est un « vaste sujet » qui recouvre la façon de travailler des équipes, les outils de communications, la mobilité, etc.

  • Priorités pour 2018

    Framatome reconnaît qu’une telle transformation à grande échelle n’est possible que par des changements progressifs. Les priorités de la Business Unit Base installée pour 2018 sont d’industrialiser les activités dans trois domaines :

    • Les Opérations dites « zéro papier » grâce à la dématérialisation, le développement de la documentation électronique, l’usage de tablettes etc
    • La Réalité virtuelle, augmentée et mixte
    • La Gestion des ressources

    L’industrie nucléaire continue à utiliser de grandes quantité de papier, de la conception à la planification, l’exploitation, la maintenance et le déclassement, et cela n’est pas facile à gérer, constate Gilles Perrier

    Framatome a comparé l’utilisation de la documentation et des appareils électroniques comme les tablettes dans les industries aéronautique et automobile. « Nous encourageons l’utilisation de ces outils », ajoute-t-il.

    « Les solutions zéro papier seront un plus pour l’entreprise, pour nos clients et pour l’industrie. Nous voyons déjà naître des initiatives en France, aux États-Unis, en Allemagne ainsi que dans d’autres pays. Certaines applications ont d’ailleurs été industrialisées. »

  • Réalité virtuelle, augmentée et mixte

    La réalité virtuelle est déjà mise en œuvre avec le robot SUSI de Framatome, par exemple. Cet appareil de pointe est utilisé dans le cadre de contrôles non destructifs à l’intérieur du circuit primaire du réacteur. Alors qu’auparavant les opérateurs devaient se formaient à l’utilisation du robot sur des maquettes de cuve pleine échelle, aujourd’hui ils le font grâce à la RV. Un opérateur en formation enfile un casque de RV et se retrouve instantanément dans l’usine, avec le robot et la réplication exacte du système sur lequel il interviendra dans la réalité – pour un coût extrêmement réduit.

    « Lorsque l’on parle de réalité mixte », poursuit Gilles Perrier, « nous parlons en fait de l’association entre la RV et la RA pour transporter les objets virtuels dans le monde réel. Les possibilités sont immenses : de meilleurs outils, une meilleure gestion, une meilleure formation, etc. »

    Un de nos projets consiste à développer l’utilisation d’un wearable comme le « HoloLens », un casque de réalité mixte**. L’idée est de le charger de toutes les informations nécessaires aux personnels sur le terrain pour qu’ils puissent travailler les mains libres. Le projet en est encore à un stade précoce mais démontre déjà sa grande efficacité.

    La gestion des ressources représente également un défi. Comme l’explique Gilles Perrier, Framatome possède un grand nombre d’outils partout dans le monde, qui évoluent régulièrement, et qui doivent être transportés facilement là où ils sont nécessaires pour nos clients.

    L’entreprise s’intéresse également à la façon dont d’autres secteurs industriels, notamment l’aéronautique, progressent en matière de maintenance prédictive grâce à l’analyse des données. L’adoption d’approches similaires avec les données réelles des centrales nucléaires pourrait permettre d’améliorer la fiabilité et les coûts. Des travaux pionniers dans ce domaine sont en cours aux États-Unis pour le nucléaire.

  • Un nombre considérable d’outils à transporter

    La gestion des ressources représente également un défi. Comme l’explique Gilles Perrier, Framatome possède un grand nombre d’outils partout dans le monde, qui évoluent régulièrement, et qui doivent être transportés facilement là où ils sont nécessaires pour nos clients.

    L’entreprise s’intéresse également à la façon dont d’autres secteurs industriels, notamment l’aéronautique, progressent en matière de maintenance prédictive grâce à l’analyse des données. L’adoption d’approches similaires avec les données réelles des centrales nucléaires pourrait permettre d’améliorer la fiabilité et les coûts. Des travaux pionniers dans ce domaine sont en cours aux États-Unis pour le nucléaire.

  • Une montagne à gravir

    « Il nous reste encore une montagne à gravir », déclare Gilles Perrier. « Il y a plusieurs voies pour atteindre le sommet. Ce sont quelques unes de nos idées. »

    Pour Framatome, marier l’excellence opérationnelle et la transformation digitale fait sens. « Nous savons que le simple fait de doter les collaborateurs de tablettes demain ne fonctionnera pas. D’un autre côté, l’approche traditionnelle de l’excellence opérationnelle peut sembler dépassée.

    « Notre démarche consiste à associer la puissance du Lean et la puissance de la digitalisation pour proposer des solutions aux défis d’aujourd’hui. »

    Le risque dans un programme de transformation est de s’arrêter à la phase R&D, avec le « proof of concept », et de ne pas passer à la phase d’industrialisation. Cela peut sembler facile, ajoute-t-il, mais la transformation culturelle peut s’avérer complexe. Les études ont montré que la plupart des personnes pensent d’abord à l’outil, à la technologie alors qu’elles devraient d’abord se focaliser sur l’humain.

    « Ce que nous faisons n’est pas de la science-fiction, c’est la réalité d’aujourd’hui et nous avançons. Nous avons nos objectifs pour 2018. Certains processus de digitalisation seront mis en place en cours d’année, d’autres à la fin de celle-ci.

    « Globalement, nous voyons une volonté générale parmi les électriciens d’adopter la technologie digitale. Travailler avec le big data dans l’industrie nucléaire offrent bien des défis, mais nous avons bon espoir que les avantages de nouvelles approches faciliteront la transformation. »